J'aime pas le théâtre.

Par Aleks :: 23/11/2007 à 18:13 :: Lamentations nombrilistes
[Je vois que mon "Sans forme ni sujet" ne vous
a pas passionnés.. Etrange, pour un article sans forme
ni sujet !]


    Ce soir,  je me rends d'un pas trainant au théâtre de l'hypocrisie familiale pour une énième représentation  aussi mauvaise qu'ennuyeuse. Inutile de vous dire que c'est avec un enthousiasme très modéré que j'ai fini par accepter  l'invitation d'M-W : ses yeux étaient si larmoyants quand  elle me dit avoir fait des pieds et des mains pour obtenir ces quatre places, sans parler encore du prix qu'elle y avait mis, que j'ai fini par céder en sachant que le spectacle serait mauvais, les acteurs ridicules et la vraisemblance  humiliée. Peut-être est-ce une influence de la Nouvelle Héloïse qui occupe trois quarts de mon temps en ce moment, mais toujours est-il que je trouve dans mon geste une certaine satisfaction : celle de le faire non pour ma tranquilité (puisque j'ai encore de longues réserves d'endurance avant de céder au harcèlement sur ce sujet), mais pour la sienne. Elle ne pourra au moins s'en vouloir de n'avoir pas essayé, et je peux bien offrir à son repos une de mes soirées, si désagréable, pathétique et contrariante qu'elle puisse s'annoncer.

    Je vais donc pour la première fois depuis de nombreux mois parler à mon géniteur plus longtemps que le temps d'un "Ouais, salut, bonne soirée". Parler ? Que dis-je... Converser, meubler, faire semblant et regarder ma montre, plutôt. Ce n'est pas que nous n'ayons rien à nous dire, au contraire, mais c'est que d'abord je n'ai aucune envie d'avoir le moindre contact avec lui, et qu'ensuite, je ne pourrais en aucun cas mettre les choses sur la table en présence de M-W et surtout en présence d'L-B, enfant on ne peut plus fragile et vouant un culte aussi ridicule que tout à fait compréhensible et de son âge à son père. Mon hypocrisie sera donc légitimée par la bienséance fraternelle, et entrainera une hypocrisie plus générale encore puisque la gêne, qu'on le veuille ou non, ne manquera pas de se faire sentir.

    Douce soirée en perspective, donc, que de regarder tour à tour le plafond et mon assiette en laissant le temps passer. Et encore, s'il ne s'agissait que de ça... Non, inévitablement, il voudra me faire parler, il voudra me faire m'expliquer publiquement, peut-être même aura-t-il eu soin de rédiger un acte d'accusation à mon encontre, un "J'accuse" qu'il clamera haut et fort dans le restaurant. J'accuse ma fille de négligence, j'accuse ma fille d'être incapable de pardonner, j'accuse ma fille de faire de moi un monstre alors que je suis, et elle le sait, loin de l'être, j'accuse ma fille d'avoir intenté une action judiciaire contre son père, j'accuse le fruit de mes entrailles d'accabler son père des pires maux et de ne se sentir aucun remords ! Peut-être alors, me voyant ni triste ni honteuse, me voyant loin de montrer le moindre signe de repentir, usera-t-il du même stratagème qu'il y a quelques mois, à savoir s'allonger par terre en sanglotant, espérant ainsi remuer quelque pitié au fond de mes entrailles, gémissant qu'il est un mauvais père, qu'il est n'est pas digne de moi, qu'il est navré, qu'il aurait tellement voulu mieux faire, être à la hauteur...

    J'ose espérer qu'il n'ira pas jusque là, mais pourtant, tout est à envisager lorsque l'on ose se confronter à lui : tout, sauf une explication franche et sincère, tout, sauf une façon quelque peu adulte de vouloir trouver des solutions à un problème qui n'en a finalement pas tant besoin que ça. Il est bon pour mon équilibre de renouer avec mon géniteur, me répète M-W, je n'y crois pas. Il est bon pour elle d'avoir bonne conscience en ayant au moins essayé de recoller les morceaux, d'accord ; j'irai. Mais j'irai sans espoir et sans volonté de résultat. Quand bien même tout se passerait bien, quand bien même la soirée serait agréable, quand bien même il se repentirait de ses torts, la situation ne s'arrangera pas, puisque je ferai preuve d'une mauvaise volonté sans bornes. Ce n'est pas que je ne peux pas lui pardonner, c'est faux. Je peux très bien le faire, et je sais pertinement qu'à l'époque de notre rupture j'ai exagéré ses torts. N'empêche que je ne veux pas lui pardonner. J'ai réussi à le rayer de ma vie, et je regarde comme une victoire le fait de pouvoir totalement vivre sans lui sans qu'il me manque en rien. J'ai appris à vivre sans les scènes bi-mensuelles, sans les soirées atroces, sans ses "tu m'aimes ?" qui sentaient le whisky, sans ses "tu ne m'aimes pas" qui sentaient encore plus le whisky, et sans la boule dans l'estomac qui revenait systématiquement les samedis midi, à la fin du cours de philo. Sans l'appréhension de fin juin quand je me préparais à un mois d'enfermement dans un studio ridiculement petit et aux soirées lugubres. Sans devoir me forcer à faire semblant continuellement, sans faire semblant de l'estimer quand, si brillant et fier de lui-même, il m'expliquait comment il envoyait paître ses patrons et comme il était indispensable dans sa boîte du moment, sans faire semblant de le croire quand il bavait devant ses rêves de gosse qu'il ne réalisera jamais et qu'il n'essaya jamais de réaliser, sans faire semblant d'être triste pour lui quand il prédisait mourir tout seul et abandonné, sans faire semblant de compatir quand il disait qu'il mourrait d'un cancer, comme son père, sans faire semblant de le croire quand il me citait une formule célèbre de tel ou tel écrivain et prétendait en être l'auteur, sans faire semblant d'être contente quand il me disait qu'il m'aimait, sans faire semblant de lui passer ses défauts, petits ou grands, en usant de la maxime célèbre et pourtant stupide qui dit "C'est mon père et je l'aime comme il est". On ne choisit pas sa famille, c'est connu, mais on peut choisir de la subir ou non. C'est ce que j'avais écrit au juge dans le dossier qu'elle n'avait pas daigné ouvrir : "Si je dois subir mon père à chaque fois que je le vois, je préfère ne plus le voir du tout." Et je m'en porte mieux que si je me forçais.

    M-W était persuadée, et je pense qu'elle l'est toujours, que les problèmes que j'ai eus (pour cela, pas de lien, la catégorie des "Lamentations nombrilistes" suffira) sont liés à cette rupture : que je souffre de ne plus voir mon "père". Je ne suis pas de cet avis ; pour moi, si mes souffrances ont été  en partie liées à mon géniteur (j'émets ici cette hypothèse en la présentant bien comme telle, objectivement, je ne sais pas à quoi elles furent liées, et ce serait pousser un peu loin l'injustice d'en mettre toute la faute sur lui), ce n'est pas de ne plus le voir, c'est de l'avoir trop vu. Et maintenant qu'elles se sont éteintes ou du moins calmées, je devrais pardonner, je devrais renouer, et construire une nouvelle relation "père"-"fille" ? Perdre ma toute nouvelle stabilité en y insérant un chamboulement qui serait inévitablement négatif ? C'est trop d'altruisme pour moi, et c'est trop d'altruisme en faveur, de surcroît, d'un égoïste notoire.

    Enfin... M-W aussi aimante, prévenante, compréhensive et attentionnée qu'elle l'est en ce moment mérite bien qu'une fausse tentative de ma part lui offre une tranquilité de conscience. Il est temps d'y aller, je ne manquerai pas de vous faire un compte-rendu de ce fiasco dès mon retour, alors que mes impressions seront encore fraiches. Souhaitez-moi bonne chance tout-de-même, non pour le succès de ce rabibochage, mais pour parvenir à supporter sans trop d'irritation une compagnie aussi désagréable, une hypocrisie et une convenance aussi mal placées, et surtout tous ces traits de caractère propres à lui qui à eux-seuls font monter ma tension de dix points. Je file.

Edit : Miracle, j'ai échappé au remix de la Commedia dell'arte ; certes, l'hypocrisie générale a été le mot d'ordre de la soirée, mais nous avons au moins évité de nous donner mutuellement en spectacle. Et comme le dit naïvement M-W : "Ben tu vois, ça s'est bien passé !"

C'est vrai, la candeur a un certain charme...

Rechute (et une de plus).

Par Aleks :: 16/09/2007 à 17:23 :: Lamentations nombrilistes



Je passe la porte de la maison
vide et c'est comme si la musique se mettait toute seule en route dans mon crâne : "Réveil matin, quinze heures, j'me réveille comme une fleur, marguerite dans le macadam a besoin d'un doliprane..." Plutôt de trois, soirée (trop) arrosée oblige. Sitôt dit, sitôt fait, les trois cachetons avalés, me voilà qui monte dans la salle de bain. En un rien de temps, le tailleur Bon Chic Bon Genre n'est plus qu'un tas informe de linge par terre, et le noir qui habillait mes yeux s'estompe à grands coup de coton dans l'oeil : ça brule, mais on y voit plus clair après. Inspection minutieuse dans le miroir, pesée inévitable, et petit sourire, encore cinq cent grammes de moins. Lentement, mais sûrement. Les robinets sont ouverts à fond, et la pièce se remplit peu à peu des vapeurs artificielles du bain moussant.


Entrée dans la baignoire, immersion totale aussi longtemps que le permettent mes poumons, plusieurs fois. Pensées qui vagabondent toutes seules, et moi qui les suis de loin. Les "Félicitations" des mariés, la générosité toujours si surprenante des parents de Doris, la micro conversation avec une Mlle F sur son 31 et que je n'avais pas reconnue. Son "incroyable pouvoir de séduction" sur un Nicolas que je ne connais pas. Petite pensée à l'ambigu, au doute et à la volonté de ne rien attendre de la situation, de ma situation. Mon plaidoyer d'hier pour l'Emotion avec un grand E, discours que je ne peux bien tenir qu'en ayant bu. Les livres qu'il faut que je lise au plus vite. "Os, E, Oi..." ? Les déclinaisons grecques qu'il faut que j'apprenne. Grand fouillis mental, pas désagréable, à vrai dire. Et un sursaut. La robe de chambre violette atroce, accrochée à la porte, qui vient de tomber. Pourquoi ne pas la laisser par terre, je n'en sais rien. Il faut qu'elle soit à sa place, c'est tout. Je me lève, donc, et la raccroche à la porte avant de retourner dans mon bain. Vingt secondes passent, elle retombe. Je me relève, la raccroche à nouveau. Elle retombe. Trois fois.

Un peu comme pour l'épisode de la carte imaginR. La fin du monde pour une robe de chambre. Hurler, pleurer, frapper, sortir en trombe de la salle de bain pour ma chambre. Recherche frénétique, puis découverte de cette boite en bois où M-W mettait ses bons points, il fut un temps, et dont j'ai hérité entre temps, sorte de relique sacrée de son enfance. Mais le caractère sacré de la boite s'évanouit devant l'urgence, et le couvercle est soulevé avec brutalité pour dévoiler un tissu, qui lui même renferme trois lames.

Trois lames, trois entailles. Fines, superficielles, placées exactement au bon endroit pour pouvoir être masquées par ma montre. Trois entailles non pas pour avoir mal, mais pour voir le sang couler à nouveau. "Et [quant] le rouge se mêle au blanc, c'est la fin du tourment", s'exclame l'autre, il ne sait pas à quel point il a raison. Et mon poignet pleure, et mes yeux aussi. Des larmes de joie. De joie. Parce que je ne suis plus toute seule. Parce qu'ils vont revenir. Parce qu'ils sont revenus. Parce que cette merde de robe de chambre violette peut rester par terre si ça lui chante. Parce que mon téléphone sonne, et parce qu'après un raclement de gorge seulement, j'ai une conversation normale avec M-W, sans qu'elle ne se doute de quoi que ce soit.


Parce que je ne me suis peut-être finalement sentie
 bien qu'à la case départ, et que je viens d'y retourner.

Ciao Bella.

Par Aleks :: 29/08/2007 à 19:41 :: Lamentations nombrilistes

Un, deux, trois, respiration et j'entre en scène. Mon spectateur est arrivé avec une demie-heure de retard, l'adrénaline est montée, les nerfs sont prêts : aujourd'hui,
j'ai le premier et le dernier mot. Non pas que ses interventions habituelles soient dénuées de bonnes intentions, au contraire, mais ces intentions charitables ne correspondent pas aux miennes - peut-être moins charitables. Attaque en sourire, triple mensonge arrière et danse du "Je vais bien, tout va bien" le font reculer. Pas à hésiter, j'enchaine avec une série d'arguments tout prêts. Contrôle des tics, air détaché paré, petites hésitations disposées aux moments clés : il mord à l'hameçon. Ne pas le lâcher, maintenant, surtout ne pas lui laisser le temps d'analyser quoi que ce soit : "pas d'argent", "pas besoin", "rien à dire". Un genou à terre, attention, le grand final, musique d'orchestre, danseurs habillés de plumes et feu d'artifice : "I'm super, Thanks for asking, All things considered I couldn't be better I must saaay..."

Ultimes jeux de lumières, et le noir retombe. Le jour revient peu à peu dans la pièce, trois chaises en osier, un tapis et une fenêtre se découvrent à mes yeux. Sur la chaise d'en face : l'éternel spectateur, certainement pas dupe, mais impuissant ce coup-ci. La deuxième chaise est vide. Je suis assise sur la troisième, victorieuse. "Alors, bonne chance pour votre vie future, et surtout, n'hésitez pas à m'appeler si besoin de parler, ou encore de voir un confrère..."

Sourire. "Merci".
*j'me sens coupable...*

Brûlées, les planches.

Par Aleks :: 22/08/2007 à 0:05 :: Lamentations nombrilistes


J'en profite pour vous donner l'adresse de ce site odieux qui
a osé me dire que je ressemblerai à ça quand seront venus mes vieux jours,
 en vous le conseillant néanmoins... (qu'on soit plusieurs à se lamenter)
(Quoique le mode "personnage de manga" donne quelque chose d'assez comique)
(N'empêche faudrait que je vous parle de la vieillesse, un de ces quatre...)
(Je m'égare, il est temps que l'article commence.)


Le rideau n'est pas encore levé, et pourtant, on sent mieux que jamais la présence du public. Celle du spectateur qui attend impatiemment le début de la représentation, qui attend les fameux trois coups annonçant le début du plaisir, le début de la contemplation, de la délectation, même, du jeu des acteurs. On le sent d'ici, de derrière le rideau, ce spectateur. Son impatience, surtout. Il a quelque chose de spécial, le "je ne sais quoi" qui montre qu'il n'est pas n'importe qui, qu'il est peut-être même fin connaisseur, qui sait... Le "truc" qui vous dit que vous ne jouerez que pour une seule personne, ce soir, et que le jeu n'en sera que plus difficile. On s'affole, tout tremble, et vous avec. La fameuse excitation de l'avant, peut-être bien le meilleur moment de la soirée : celui où l'estomac se noue, où tous vos muscles se crispent, celui où vous pouvez savourer de manière fugace la douce saveur du trac avant de vous lancer. Le "une fois sur scène", c'est tout qui s'enchaine, et vous n'avez plus le temps ni de penser, ni de profiter. L'Après, c'est déjà fini, il faut partir et ôter son rôle pour endosser à nouveau son moi quotidien. Mais l'Avant, c'est le plaisir par anticipation, la peur, aussi. L'adrénaline. La véritable sensation, la plus forte. La plus vraie.

Et puis le rideau se lève, et puis comme prévu, tout s'enchaîne. Le spectateur, votre spectateur ne vous laisse aucun répit, ses yeux fixés sur vous guettent le moindre faux pas. Chaque imprécision dans vos enchainements, chaque balbutiement dans vos tirades vous rapporte un hochement de tête supplémentaire, et les yeux froids et indéchiffrables de votre public privé ont vite fait de vous leur jouet : vous tremblez de terreur à l'idée de faire le moindre geste de peur qu'il ne se retourne contre vous, mais pourtant, il faut continuer, la représentation est à peine commencée.

Mais finalement, tout ne se passe pas si mal, et les multiples répétitions prouvent ce soir leur utilité salvatrice. Applaudissements lointains, lumières, un vague salut, et déjà vous fuyez. Qui ? Le succès ? Les compliments sur votre jeu ? Evidemment pas. Le seul que vous fuyez, c'est lui, le seul qui ne s'est pas laissé impressionné par la qualité des costumes et les habiles jeux de lumières, le seul qui n'a pas cru à votre talent de comédien et qui n'a vu que celui que vous n'aviez pas. Votre ancien professeur de théâtre qui vient à vous et vous dit en souriant : "Vous avez encore besoin de quelques séances."

- pour ceux qui n'auraient pas fait le lien :
Opération "persuasion freudienne", échec. -

Opération "Persuasion freudienne".

Par Aleks :: 21/08/2007 à 0:01 :: Lamentations nombrilistes


Image honteusement piquée
ici.

"Allô, Mme Freud ? Oui, excusez-moi de vous déranger, je suis Aleks OnTheBlog et c'est stupide mais j'ai perdu le papier où vous m'aviez noté la date et l'heure de notre rendez-vous...

- C'était hier à treize heures trente."

Inutile de tenter de vous décrire le malaise qui vous envahit dans ces cas là, surtout lorsque vous vous rappelez au passage qu'étant donné que Mme Freud arrive en même temps voire un peu après vous aux rendez-vous, cette dernière se déplace probablement pour votre personne et vos petits problèmes, et que donc, inévitablement, elle s'est déplacée et a attendu trois quarts d'heure, pour rien, une nombriliste dépressive et amnésique à ses heures qui était de surcroît décidée à lui mentir à la prochaine rencontre. Bonne éducation, ou malaise bien naturel, la question se pose - beaucoup de gens plantent leurs psys régulièrement et ne s'en sentent pas gênés outre mesure, apparemment - mais s'avère finalement bien inutile : le fait est que j'ai planté Mme Freud et que cet incident ne fera que me mettre dans de plus mauvaises dispositions encore au prochain rendez-vous.

Mauvaises dispositions pourquoi, au fond, je me le demande. Pour être détendue ? Très certainement, mais rien de bien nouveau là dedans. Pour lui résumer au mieux le mois passé ? Aussi. Pour ne pas pouvoir lui mentir correctement, faute de pouvoir me dire "vas-y, pas de remords, t'as vu ce qu'elle t'a fait ?" sans penser qu'après tout, moi aussi j'avais manqué de correction ? Nous y voilà.

Pourtant, c'est simple, il suffit que je résume la situation d'un air non pas détaché mais neutre au possible, ni cynique, ni bouleversé (oui, chez les psys, toutes les émotions et les expressions faciales se retrouvent poussées aux extrèmes), puis que j'insiste sur le bien-être fou qui prend possession unes à unes de toutes mes cellules dès les premières heures du jour, enfin, en plus crédible, bien entendu. Que j'élude tout le nouveau rituel du moment sur mes tête-à-têtes avec la cuvette des toilettes après le dîner, que je me débarasse de cet air trop rationnel qui a mis la puce à l'oreille des psychiatres ("Vous parlez de tout ça d'une façon bien détachée, logique, rationnelle, raisonnable, mais vous, vous n'en pensez rien ? Vous ne vivez pas la situation ?"), que je fasse semblant de penser à renouer des liens avec mon géniteur, et que je finisse sur une touche authentique, certainement la seule de la séance, d'enthousiasme face à la rentrée qui approche. Puis viendra la conclusion d'une inutilité d'un suivi plus long puisque je me porte comme un charme, soutenue de l'argument que tout ceci a un coût, que mes études aussi, et que le tout n'a pas l'air d'être très compatible (malgré les insistances de M-W qui dit que mais-si-mais-si, et qui pense à diviser de moitié le temps de thérapie de L-B pour me permettre de continuer à m'épancher sur mes états d'âmes à 45€ les trois quarts d'heure, mais ça, Mme Freud ne le saura pas.)

Et le traditionnel "merci, au revoir", bien évidemment.

Le plan est prêt, peaufiné, parfait, outre un léger manque de crédibilité par ci par là qu'une formidable interprétation masquera sans doute à la perfection. La préparation est optimale, la scène a été jouée et rejouée mentalement. Alors pourquoi est-ce que je vois l'échec venir d'ici ?

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