Je suppose que c'est lié à ce que l'on pourrait nommer le syndrome du premier salaire. Cette impression, je veux dire. Je crois que c'est lié. Evidemment, c'est lié. Attends. La première fois que je ne frôle pas le découvert. La première fois que j'ai une marge supérieure à moins cinquante euros avant la zone "ce que je devrais peut-être rembourser à l'état à la fin du semestre". Et puis comme mon ego et mes pulsions dépensières s'accordent à le dire : "oh, merde, vu le taff que c'est, j'ai l'droit d'me faire plaisir, hein !" Autant vous dire que l'excuse est trouvée d'avance, et que la carte est vite dégainée, bam, en plein dans la machine. En même temps, c'est agréable, d'avoir des chiffres sur le compte. Vous vous rappelez de ça ? Et ben si j'en ai envie, je me les paye. Ou ça. Ou ça. Ou plein de choses. Mais le truc, c'est que je suis censée économiser. Et ouais. Comble de la serious attitude, je me suis auto imposée un joli embargo sur portefeuille : pas un centime ne bouge. Soit disant. Et pourquoi, me direz-vous, tant de haine ? Pourquoi, Aleks, après un si dur et continu labeur dans la pluie, le froid, la haine du client, les effluves assassines et la graisse omniprésente, pourquoi, mais pourquoi ne t'accordes-tu pas le repos que tu mérites tant ? Non, je ne suis pas devenue doloriste. Et non, ça n'est pas non plus mon masochisme qui me pousse à résister ainsi à la dépense. C'est tout simplement l'appel de la voiture. Mais ceci est une autre histoire. Donc. Refusant ainsi toute grosse dépense (même si on va bientôt voir qu'en fait, ben... non) pour la sacro sainte cause de "je veux me payer un véhicule qui roule correctement dès que j'aurai le papier rose", je me rabats sur les petites. Bon. Certes. Je dois avouer qu'une pléiade, c'est pas une petite dépense. Que j'étais pas obligée d'acheter un Moleskine quand on compare son prix à celui des autres carnets ordinaires. Que oui, c'est vrai, qu'il faudrait que je me débarasse de cette manie qui consiste à prendre toujours les trucs les plus chers (et inutiles) au rayon des fournitures scolaires. Qu'en effet, avec un paquet par jour, j'abuse, c'est pas bien. Que traîner encore dans les rayons de la FNAC une fois qu'on a payé sa commande, c'est complètement con, parce qu'on est o-bli-gé de repasser à la caisse après parce que vraiment, non, mais depuis le temps que je dis que je lis la Philosophie dans le Boudoir, quoi. Que je ne suis pas, par ailleurs, obligée de manger dehors aussi souvent, remplissant presque autant mon estomac que mes poumons de ces petits billets durement gagnés.Mais bon franchement... T'as vu le taff que j'ai ? J'ai l'droit d'me faire plaisir, hein !
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