[Comme j'oublie au fur et à mesure que je lis,
cette catégorie que je prévois d'avance chiante
au possible aura finalement un rôle de pense bête
pour moi, ce que j'ai retenu des oeuvres, l'impression
globale qu'elles m'ont laissée. Je vous autorise donc
à ne pas vous y plonger, ou bien à vos risques et périls,
l'ennui sera certainement au rendez-vous.]

J'ai lu Partage de Midi, de Claudel. C'est triste de partir avec des a priori sur les oeuvres, mais pourtant, ça m'arrive très souvent ; et comme du côté de ma très charmante famille paternelle, la littérature n'est composée que de Claudel, et des autres, je considérais la pièce comme une daube avant même d'en avoir lu une page.
Enfin. Maintenant, je l'ai lu.
Et manifestement, ça n'est pas une daube.
Au sens où les Planches Courbes ne le sont pas non plus.
Ce qui est loin d'être un compliment.
Je suppose que c'est le genre de pièces qu'il faut lire douze fois, très attentivement et en prenant des notes, avant d'avoir l'illumination qui permet d'en saisir l'intérêt. Non. Pas l'intérêt. Le sens. Et le pire, c'est que c'est manifestement délibéré. Non seulement l'écriture de Claudel est très particulière - pour ne pas dire hermétique, parfois -, mais en plus, la structure même de la pièce est faite pour qu'on s'y perde.
Le premier acte amène un inévitable : Mais, qui couche avec qui ?, qui ne sera que timidement résolu à la fin de ce dernier par un grandiose : Tout le monde couche ou va coucher avec tout le monde. La scène est une scène de conversation entre les quatre personnages de la pièce, scène reposant à la fois sur les digressions traditionnelles de la discussion, et sur l'hypocrisie redoutable dont ils usent les uns avec les autres. Le problème ? On arrive avec rien, on nous donne une version, entrée d'un personnage, on a une autre version, sortie du personnage, le sujet dévie totalement, entrée du couple, nouvelle version encore, différente des autres... Sans compter encore que Claudel met le paquet sur la symbolique, au point qu'on se demande constamment, même quand il n'y a pas lieu de le faire, ce qu'il a bien pu vouloir dire. Midi, en pleine mer, hors des lieux, hors du temps, et pourtant, l'avenir, la Chine, le soleil éblouissant, magnifique et pesant, les différentes relations qu'entretiennent les personnages avec lui (relations qui se révèlent, à la fin de l'acte trois, finalement - mais tardivement ! - prémonitoires), la mer, le vent, minuit... La comparaison avec la vache, enfin, revenant de façon particulièrement lourde tout au long des trois actes (mais plus particulièrement dans le premier), restera pour moi un grand mystère, que je finis par attribuer à une excentricité quelque peu "apoétique" de l'auteur... Malgré cela, le premier acte reste le plus riche, le second est certes intéressant dans l'accomplissement du crime de l'adultère, mais rien d'extraordinaire, quand au troisième, à part à amener le lecteur à une haine de la femme coupable (le Mais quelle pute ! viendra spontanément), il s'agit davantage d'un mélange macabre de double trahison, de pathétique, de suicide, et d'une curieuse rédemption dans l'entêtement du crime qui confirme le lecteur dans l'idée que décidément, le mystique, très peu pour lui.
Sans compter que pour lire - et tenter de comprendre - le Partage, il faut connaître sur le bout des doigts et la Bible et la vie de l'auteur (ou bien il s'agit, pour les multiples références biographiques, d'une obsession de l'éditeur ?), encore que dans la dernière version du manuscrit, Claudel nous épargne les passages d'explication pédantesques de telle ou telle figure biblique qui, livre machin, verset chose, a eu une illumination divine en se grattant le nez ou en achetant du pain. On l'en remercie d'ailleurs chaleureusement, la chose est suffisamment chargée de symboles pour que l'on veuille y rajouter des références culturelles connues seulement de l'auteur lui-même et de trois ou quatre cardinaux jouant à la belote au Vatican.
Néanmoins, et pour tout-de-même relever un élément positif dans l'oeuvre - une oeuvre ne peut pas être foncièrement mauvaise, il y a du bon jusque chez Michaux (d'ailleurs, je devrais en parler sous peu) -, même si l'écriture de Claudel est foncièrement complexe, symbolique, étrange, curieuse et difficilement décryptable (dans tous les sens du terme ; l'éditeur lui-même ayant eu du mal avec la calligraphie de Claudel, que l'on devine facilement très moucho-phile (ou muscaphile ?), il a remplacé pas mal de mots indéchiffrables par de très discrets "..."), on y trouve de très belles choses, après analyse et méditation intense. Par exemple, ce vers : "Ainsi le travailleur d'or sous la lampe, tu arrives avec le souffle de minuit qui amène un papillon blanc", que l'auteur explique lui-même en la paraphrasant dans une lettre à un lecteur "La paraphrase serait / Tu arrives ! et c'est comme quand un homme qui écrit, tout doré par la lumière de la lampe, à minuit, dans le demi-rêve de son travail et de l'heure, voit un papillon blanc qu'un souffle mystérieusement pousse par la fenêtre. / Au lieu d'enchaîner les idées, je me suis borné à les juxtaposer suivant le procédé Pindarique et dans l'ordre où elles se présentaient. Mon vers est comme un objet d'art formé de plusieurs couches de vers [sic] superposées dont le travail de l'artisan a fait presque disparaître l'une ou l'autre." Au passage, c'est à la lecture de cette note que j'ai réalisé que l'oeuvre était écrite en vers.
Merci Paul.
L'écriture a également cela de plaisant qu'elle joue parfois sur les mots (ce qui permet une brêve mais plaisante détente des neurones mobilisés pour sa compréhension), en plaçant habilement tel ou tel homophones, etc. On a aussi pas mal d'effets de répétitions qui renforcent le côté dramatique du texte (dans le sens actuel du terme). Mais je ne trouve personnellement pas que cela suffit à estomper l'herméticité style délire mystique de l'expression, ni la longueur exagérée de certaines conversations (Mais quand finira donc cette déclaration d'amour ?! Et d'abord, est-ce bien une déclaration d'amour ?).
Peut-être faut-il le voir au théâtre pour l'apprécier ?
Cet article est dédié à ceux qui, à cause d'un job un peu envahissant, d'un conjoint un peu exigeant, ou d'une flemme un peu colossale, se retrouvent toujours à compter les heures qui leur restent avant le moment fatidique de l'examen. Non, vous n'êtes pas contraints de faire un sacrifice, non, vous ne devez pas choisir entre les études et le reste. Combinez le tout.
- J'voudrais un big... heu non... une boite de 6... non pardon, heu... c'est quoi le nouveau, là ?
- Le CBO, Madame. Au passage, je vous remercie d'avoir choisi ma caisse et non une de ces bornes électroniques que vous voyez là, car vous me permettez de confirmer l'idée de primauté de l'oral que l'on m'a inculquée, et d'observer en direct une construction d'une phrase avec correction simultanée sur l'axe paradigmatique du langage. Si vous aviez choisi la machine, certes, j'aurais pu me précipiter sur cette poubelle, là bas, tout au fond, que vous voyez déborder d'ici, mais est-ce en changeant les poubelles que Monsieur de Saussure a découvert tout ce qu'il nous a légué, hmm ?
- On a une commande insérée !
- D'accord. Sinon, tu savais qu'en grammaire, on distinguait deux types de proposition insérées ? On a les incises et les incidentes. Les incidentes servent en fait à insérer, comme leur nom l'indique, un commentaire du locuteur. Par exemple : "Il ne pleuvra pas, du moins je l'espère, ils ont prévu du beau temps à la météo", et ben, "du moins je l'espère", c'es une proposition insérée incidente. Ouais, c'est fascinant hein ! Hein ? Ouais, j'peux t'lancer les boissons, ouais, pourquoi ?
- Vas-y, retourne au bled, là, on a pas qu'ça à faire, bouffon...
- Monsieur, je me permets de vous dire, en dépit du fait que le ton de votre remarque semble plus amical qu'autre chose, et que les relations que vous semblez entretenir avec votre interlocuteur semblent des plus cordiales, que votre remarque ne saurait être excusée par les meilleures intentions du monde. Savez-vous que si nous laissons échapper si facilement des remarques à connotations racistes, c'est que nous avons en quelque sorte été conditionnés au racisme, et ce depuis des siècles ? Le racisme biologique, par exemple, a commencé à se développer en France - sous des prétentions honteusement scientifiques - dans les années...
- Mon coeur, tu peux aller voir la météo, vite fait, pour notre week end en amoureux ?
- Ah, internet, que ferions nous sans toi ! (Oui oui j'y vais mon amour). Mais sais tu qu'internet était au départ un réseau réservé à l'armée américaine et aux universités du même pays ? C'est Clinton, de fait, qui l'a ouvert au public. LE nouveau média, incontestablement, et ce malgré les difficultés bien connues des années 2000 (le nombre de boites qui ont fait faillite, c'est vraiment triste). En fait, on se demande même si ce média n'est pas en train de chasser la télévision, peu à peu... Drôle, non ? Jusque là, les médias avaient les uns par rapport aux autres un rôle plus complémentaire qu'autre chose... "La radio alerte, la télé montre, la presse explique", mais internet, internet ! Son, image, texte, vidéo ! Est ce que tu savais que les dépenses publicitaires sur le web avaient augmenté de 46% l'an dernier ! T'inquiète que les mecs ont flairé le coup... Bon, le problème, maintenant, c'est la rentabilité... Par exemple, le site du Monde, tu vois, et ben...
- Tu ne m'aimes pas. Moi, je t'aime comme tu es.
- Alors là, permets moi de te dire que tu viens de sortir une ânerie digne du livre des records. Tu ne m'aimes pas comme je suis, et je ne t'aime pas comme tu es. En fait, on croit s'aimer, mais c'est tout. Est-ce que la notion de cristallisation te dit quelque chose ? Non ? Mais tu n'as pas lu Stendhal ? Bon, je vais t'expliquer. En fait, nous partons tous avec un idéal déjà en tête, et c'est...
- Vas-y, mais quelle connasse, elle comprend rien...
- "Ta mère fit un pet foireux / Et tu naquis de sa colique."
- T'as dit quoi là ?!
- Excusez moi Monsieur, un vers d'Apollinaire qui m'est soudain revenu en tête.
- Un verre de quoi ?
[Bon. Maintenant, j'vais réviser, parce que bon...]