Ciel, je vieillis !

Par Aleks :: 03/05/2008 à 13:09 :: Aleks raconte sa vie

    Imaginez une salle de pause vide, nue, sobre, où le silence n'est brisé que par les machoires en pleine activité de deux étudiantes fatiguées. De temps en temps, un garçon lance un "Bonjour" enthousiaste tout en se précipitant dans le vestiaire. Il est en retard. Dehors, une voiture klaxonne. Vingt et une heures.  Les plateaux deviennent vite à moitié vides, et nos deux specimens accordent une trève à leurs zygomatiques. Blanc de pré-digestion. "Dis Aleks... T'as pas l'impression que l'temps il passe trop vite ?" Petit sourire. "Quoi, c'est bientôt ton anniversaire, c'est ça ?" "Non, même pas. Mais je sais pas. J'me sens vieille. J'ai l'impression que tout va trop vite et que j'ai rien le temps de faire de ma vie." Et voilà. Ca n'est pas plus compliqué que ça. En quelques mots, vous voilà contaminé par cet affreux sentiment de vieillesse nostalgique mal placée. Ben oui, mal placée. A dix huit ans...

    Oh, non, je n'ai pas l'impression que je n'ai rien fait de ma vie, tout simplement parce que - sauf cas exceptionnel - à dix huit ans, personne n'a eu le temps de rien faire de la sienne. C'est normal. Elle vient à peine de commencer. N'empêche qu'en tout cas, ça y est, moi aussi je me sens vieille. Je travaille. Je cotise pour une hypothétique retraite (sic). Je vais toujours en cours, certes, mais je passe moins de temps à la fac qu'à servir des hamburgers. Ma dernière cuite remonte à cinq siècles. Je n'ai pas fumé de joint depuis... diantre, depuis un an. Mes papiers administratifs sont rangés dans des pochettes bien classées, elles-mêmes soigneusement ordonnées dans des classeurs précautionneusement étiquetés. Je peux retrouver mon attribution de bourse de mai de l'année dernière en vingt secondes chrono, par exemple. J'ai une carte d'adhérent Fnac. Je vais même chez le coiffeur spontanément, sans être harcelée trois semaines durant par l'autorité maternelle qui me rabache que non mais là, vraiment, c'est plus possible. Et l'année prochaine, c'est officiel, je m'en vais de la maison, et paye loyer, bouf, et diverses factures par mes propres moyens. J'vous dis pas comment ces responsabilités financières m'écrasent déjà à l'avance. C'est pas que je ne veuille pas être indépendante, au contraire : rien qu'à penser à cet appart, je sens un doux vent de liberté passer sur mon visage (Non pas que je vive en prison non plus, hein, loin de là). Mais pas seulement de liberté, il y a aussi quelque chose comme un sentiment de "Maintenant je suis une grande". Comme une entrée au collège puissance quatre vingt dix. Sauf que quand vous rentrez au collège, si un petit merdeux vient vous faire la misère, vous avez toujours Papa-Maman derrière pour régler le problème.

Sauf que là, ben y aura plus. Le merdeux, vous l'enverrez chier vous-même. Ca, ça pose pas problème. Le banquier, en revanche, devra être traité avec bien plus de diplomatie. Et vous volerez sans filet.

C'est dingue. J'ai jamais eu l'impression d'être une assistée, avant. Maintenant que je sais que je vais partir, j'ai l'impression de l'avoir toujours été. Vraiment. Comme on dit chez moi, sur la tête de ma mère, j'flippe trop ma race.

Moralité... Il faut que je me marie
 avant l'année prochaine ?


Par Aleks :: 29/04/2008 à 18:15 :: En passant

    Ah, le printemps... les arbres qui fleurissent, l'herbe qui verdit, les petits oiseaux qui chantent de nouveau... les petits cons que vous choppez en pleine tentative d'effraction de domicile... En rentrant tranquillement chez vous.

Et que vous pouvez même pas baffer, parce que manque de bol, il n'est ni armé ni agressif envers vous. Juste con. Et ça, c'est légal.

[note personnelle : la prochaine fois, attendre que le môme soit
 effectivement à l'intérieur avant d'intervenir. On rira davantage.]

Bon appétit, bonne soirée !

Par Aleks :: 27/04/2008 à 16:21 :: Aleks raconte sa vie

    Plus ou moins plongée dans un cours plein de commentaires inconvenants sur les Philologues romans,
Triste Compagne en bruit de fond, je me dis que tout-de-même, il faudrait que j'ouvre mes volets. Mon lit est un vaste champ de bataille où, sous la lourde couette et dans le désordre des draps, dorment tranquilles Proust, Artaud, Tadié, relevés de compte, bulletins de salaire, cours, Moleskine et autres compagnons de l'étudiant bordélique. On ne voit plus la couleur du bureau. Seul mon unique Pléiade, bien seule, est si l'on peut dire "rangée" sur le coin d'une étagère. Je l'ai avalée, intégralement, et ne peux pourtant toujours pas me décider sur la question de savoir si oui ou non j'aime Rimbaud. Une couche de quinze centimètres de poussière règne sur la télévision qui n'a plus été allumée depuis trois siècles. Pourquoi regarder la télé dans la chambre, alors que l'on peut se coucher le PC sur les genoux ? Mais déjà c'est l'heure, j'attrape ma ô combien sexy tenue de travail, ce maudit badge qui permet à chaque client de m'appeler par mon prénom et me tutoyer dans une connivence d'un bien mauvais genre, et file, cigarette au bec, pour quelques heures d'amabilité professionnelle.


    Il y a des jours où j'arrive à être de bonne humeur au travail. En général, ce sont les jours où je fais 18h30-21h00, ou quelque chose comme ça ; en bref, les jours où je ne travaille vraiment pas beaucoup. Et puis il y a les jours où je fais 14h00-18h00-19h15-00h00, et là, inutile de te dire que "Je préfère mourir pour une cause que vivre pour rien", c'est rien, à côté de mon bien être naturel et mon sourire châleureux qui accueillent tous deux le client avec une impressionnante amabilité. Par exemple, le type qui arrive, et qui me donne un papier de trois mètres de long, couvert de pattes de mouches, en se contentant de me balancer un "à emporter, et vous oubliez rien, parce que la dernière fois yzont oublié des trucs", si je le croisais dans la rue, au naturel, je lui dirais simplement d'aller se faire foutre, pov' connard, et qu'est ce que tu crois, qu'chuis ta bonne, et blablabla. Mais là, je suis dans le cadre d'une relation client-larbin, ce qui sous entend que je dois m'étaler comme une pauvre merde et lui dire oui monsieur bien sûr monsieur et permettez moi de vous présenter mes excuses au nom du collègue qui, damné soit-il, a osé oublier de vous donner du ketchup la fois dernière. Mais bon. 14h00-18h00-19h15-00h00... Je m'autorise tout de même un ton sec, genre : "Vous pourriez pas me la dicter ?", en lui montrant la liste. Ouais, je sais, vu d'ici, c'est ridicule, mais vu de moi en action, c'est bien. Ni larbin ni vulgaire. Par-fait.

    Sauf que ce que vous n'aviez pas prévu, c'est que le client en question est vraiment un boulet, qui vous invente des menus qui n'existent pas, qui vous lit la liste en bon pas-doué-de-la-vie, bref, qu'en fait, c'était largement mieux quand c'est vous qui l'aviez, la liste. Alors vous lui faites comprendre par un soupir insolent et un "Bon, en fait, j'vais la reprendre" que putain mais pourquoi t'as choisi ma caisse, mais pourquoi moi ?! Qu'est ce que je t'ai fait ? Enfin. A ce moment là, vous ne savez pas encore qu'il va vous demander combien 28€30 ça fait de tickets restaurants ("Ben, ils sont à combien vos tickets monsieur ?" "A 8€" "Ben vous comptez." "Ben, non, comptez, vous" "Hum... 8x4=32, monsieur, et 8x3=24. A vous de voir si vous rajoutez ou si vous perdez de l'argent"...), avant d'exiger que vous rajoutiez plus de cacahouettes sur toutes les glaces, une par une, et qu'il va vérifier, en plus, quitte à vous renvoyer le faire une deuxième fois. Alors t'inquiète que le client qui vient après, avec ses douze gamins, tu l'attends de pied ferme.

    Non mais vraiment, les tribus aux douze gamins, c'est le pire. Pas seulement parce que tu dois te taper douze boites diaboliques à fermer, et que si tu viens de commencer ici, laisse tomber, tu y arriveras jamais, mais devras te contenter de contempler avec admiration le geste de l'équipier expérimenté qui y arrive du premier coup, lui, et même que le jouet reste bien à sa place, et que le carton se plie bien là où il faut. (Je précise au passage que je suis au stade intermédiaire, niveau boîtes). Non, ce pourquoi les gamins sont chiants, c'est parce que gneee, heuuu, haaan, j'veux heu... çaaaaaaaa.... gnéééé.... naaaaaaa. Putain. Je comprends pas. Bon, je comprends pas l'enfant, ça c'est évident, mais alors le parent, encore moins. A quoi ça sert de faire prendre à un gamin de deux ans une commande, à part à faire chier le vendeur qui se doit, lui, d'être rapide ? Et vas-y qu'en plus de pousser des grognements incompréhensibles, un poing dans la bouche, le môme se permet (bah oui, c'est un môme) de passer derrière le comptoir, les deux mains tendues vers les Kit Kat Ball ou autre friandise, sous le regard admiratif de papa-maman qui s'autocongratulent de l'ambition et de la spontanéité de leur progéniture chérie.

    Ici, il s'agit de garder son sang froid, et d'user du langage alternatif. Non, pas de l'ortograf altairnatiff, mais de ce que j'appelle le langage alternatif du serveur (ou technique de l'insulte mentale), à savoir une technique jouant sur l'axe paradigmatique de la langue, et qui consiste à user d'un mot x pour désigner un mot y ayant plus ou moins le même sens, mais étant connoté bien plus péjorativement. Un exemple, à chaque fois que le serveur dira "Bonhomme" d'un air attendri, il pensera en fait "Petit con" de toutes ses forces.

    Donc. Voilà notre gamin qui s'approche dangereusement, les mains tendues, et vous pressentez déjà l'accident. Une collision avec un manager. Un dérapage mal contrôlé sur la tâche de graisse, au sol. Ou pire. L'enfant atteint la machine à glace, et une demi-heure de nettoyage acharné vous attend. Vite. Il faut agir. Les parents sont toujours avachis dans leur admiration stupide et leur inaction totale.

- Alors bonhomme ? Qu'est ce que tu veux ? Nan nan nan t'as pas le droit d'aller là...
- Gaaaaaaaaaaaaaa...
- Hinhinhin... tu veux du chocolat ?
- Gnééééééééééééééééééé....
- Du caramel ?
[Parent]
- Oui mettez lui du caramel.
- Gnééééééééééééééééééé...
- Oui, oui, je vais te mettre du caramel, allez, recule maintenant, t'as pas le droit d'être là...

Je vous laisse imaginer quand ils sont douze, et qu'en plus le parent se permet d'être complice de l'excentricité de son chiard, genre :
"Excusez-moi ?
- Oui madame ?
- Elle veut vous faire un bisou."

    Alors là... Mais alors là... Non seulement tu la regardes du genre "hein ?... Non mais heu, excuse moi, mais ça va pas être possible, là", mais en plus, tu cherches désespérément une excuse, comme "Je suis désolée madame, il  nous est strictement interdit d'embrasser les clients, d'autant plus s'ils sont jeunes, vous savez, pédophilie, tout ça..." Bon. Evidemment, ton manager arrive à ce moment là, et lui, franchement, ça le fait grave marrer. Plus que toi en tout cas. Bizarre. Du coup, cédant honteusement à la pression de la petite fille qui, lèvres tendues dans un mouvement ridicule, appelle ta joue, tu t'approches furtivement, et fuis aussitôt la chose accomplie, dans un grand foutage-de-gueule général de tous tes collègues qui savent comme tu aimes les enfants.

Tssssssssssss.

Alors le connard qui ose te klaxonner, alors qu'il vient commander à 00h58 et que vous fermez à une heure, t'inquiète que l'amabilité, j'suis désolée monsieur, mais on est en rupture.

Celle qui avait l'impression d'être riche.

Par Aleks :: 23/04/2008 à 7:52 :: Aleks raconte sa vie

    Je suppose que c'est lié à ce que l'on pourrait nommer le syndrome du premier salaire. Cette impression, je veux dire. Je crois que c'est lié. Evidemment, c'est lié. Attends. La première fois que je ne frôle pas le découvert. La première fois que j'ai une marge supérieure à moins cinquante euros avant la zone "ce que je devrais peut-être rembourser à l'état à la fin du semestre". Et puis comme mon ego et mes pulsions dépensières s'accordent à le dire : "oh, merde, vu le taff que c'est, j'ai l'droit d'me faire plaisir, hein !" Autant vous dire que l'excuse est trouvée d'avance, et que la carte est vite dégainée, bam, en plein dans la machine.


    En même temps, c'est agréable, d'avoir des chiffres sur le compte. Vous vous rappelez de ça ? Et ben si j'en ai envie, je me les paye. Ou ça. Ou ça. Ou plein de choses. Mais le truc, c'est que je suis censée économiser. Et ouais. Comble de la serious attitude, je me suis auto imposée un joli embargo sur portefeuille : pas un centime ne bouge. Soit disant. Et pourquoi, me direz-vous, tant de haine ? Pourquoi, Aleks, après un si dur et continu labeur dans la pluie, le froid, la haine du client, les effluves assassines et la graisse omniprésente, pourquoi, mais pourquoi ne t'accordes-tu pas le repos que tu mérites tant ?

    Non, je ne suis pas devenue doloriste. Et non, ça n'est pas non plus mon masochisme qui me pousse à résister ainsi à la dépense. C'est tout simplement l'appel de la voiture. Mais ceci est une autre histoire.

    Donc. Refusant ainsi toute grosse dépense (même si on va bientôt voir qu'en fait, ben... non) pour la sacro sainte cause de "je veux me payer un véhicule qui roule correctement dès que j'aurai le papier rose", je me rabats sur les petites.

    Bon. Certes. Je dois avouer qu'une pléiade, c'est pas une petite dépense. Que j'étais pas obligée d'acheter un Moleskine quand on compare son prix à celui des autres carnets ordinaires. Que oui, c'est vrai, qu'il faudrait que je me débarasse de cette manie qui consiste à prendre toujours les trucs les plus chers (et inutiles) au rayon des fournitures scolaires. Qu'en effet, avec un paquet par jour, j'abuse, c'est pas bien. Que traîner encore dans les rayons de la FNAC une fois qu'on a payé sa commande, c'est complètement con, parce qu'on est o-bli-gé de repasser à la caisse après parce que vraiment, non, mais depuis le temps que je dis que je lis la Philosophie dans le Boudoir, quoi. Que je ne suis pas, par ailleurs, obligée de manger dehors aussi souvent, remplissant presque autant mon estomac que mes poumons de ces petits billets durement gagnés.

Mais bon franchement... T'as vu le taff que j'ai ? J'ai l'droit d'me faire plaisir, hein !

Partage de Midi.

[Comme j'oublie au fur et à mesure que je lis,
cette catégorie que je prévois d'avance chiante
au possible aura finalement un rôle de pense bête
pour moi, ce que j'ai retenu des oeuvres, l'impression
globale qu'elles m'ont laissée. Je vous autorise donc
à ne pas vous y plonger, ou bien à vos risques et périls,
l'ennui sera certainement au rendez-vous.]




J'ai lu Partage de Midi, de Claudel. C'est triste de partir avec des a priori sur les oeuvres, mais pourtant, ça m'arrive très souvent ; et comme du côté de ma très charmante famille paternelle, la littérature n'est composée que de Claudel, et des autres, je considérais la pièce comme une daube avant même d'en avoir lu une page.

Enfin. Maintenant, je l'ai lu.
Et manifestement, ça n'est pas une daube.
Au sens où les Planches Courbes ne le sont pas non plus.
Ce qui est loin d'être un compliment.

Je suppose que c'est le genre de pièces qu'il faut lire douze fois, très attentivement et en prenant des notes, avant d'avoir l'illumination qui permet d'en saisir l'intérêt. Non. Pas l'intérêt. Le sens. Et le pire, c'est que c'est manifestement délibéré. Non seulement l'écriture de Claudel est très particulière - pour ne pas dire hermétique, parfois -, mais en plus, la structure même de la pièce est faite pour qu'on s'y perde.

Le premier acte amène un inévitable : Mais, qui couche avec qui ?, qui ne sera que timidement résolu à la fin de ce dernier par un grandiose : Tout le monde couche ou va coucher avec tout le monde. La scène est une scène de conversation entre les quatre personnages de la pièce, scène reposant à la fois sur les digressions traditionnelles de la discussion, et sur l'hypocrisie redoutable dont ils usent les uns avec les autres. Le problème ? On arrive avec rien, on nous donne une version, entrée d'un personnage, on a une autre version, sortie du personnage, le sujet dévie totalement, entrée du couple, nouvelle version encore, différente des autres... Sans compter encore que Claudel met le paquet sur la symbolique, au point qu'on se demande constamment, même quand il n'y a pas lieu de le faire, ce qu'il a bien pu vouloir dire. Midi, en pleine mer, hors des lieux, hors du temps, et pourtant, l'avenir, la Chine, le soleil éblouissant, magnifique et pesant, les différentes relations qu'entretiennent les personnages avec lui (relations qui se révèlent, à la fin de l'acte trois, finalement - mais tardivement ! - prémonitoires), la mer, le vent, minuit... La comparaison avec la vache, enfin, revenant de façon particulièrement lourde tout au long des trois actes (mais plus particulièrement dans le premier), restera pour moi un grand mystère, que je finis par attribuer à une excentricité quelque peu "apoétique" de l'auteur... Malgré cela, le premier acte reste le plus riche, le second est certes intéressant dans l'accomplissement du crime de l'adultère, mais rien d'extraordinaire, quand au troisième, à part à amener le lecteur à une haine de la femme coupable (le Mais quelle pute ! viendra spontanément), il s'agit davantage d'un mélange macabre de double trahison, de pathétique, de suicide, et d'une curieuse rédemption dans l'entêtement du crime qui confirme le lecteur dans l'idée que décidément, le mystique, très peu pour lui.

Sans compter que pour lire - et tenter de comprendre - le Partage, il faut connaître sur le bout des doigts et la Bible et la vie de l'auteur (ou bien il s'agit, pour les multiples références biographiques, d'une obsession de l'éditeur ?), encore que dans la dernière version du manuscrit, Claudel nous épargne les passages d'explication pédantesques de telle ou telle figure biblique qui, livre machin, verset chose, a eu une illumination divine en se grattant le nez ou en achetant du pain. On l'en remercie d'ailleurs chaleureusement, la chose est suffisamment chargée de symboles pour que l'on veuille y rajouter des références culturelles connues seulement de l'auteur lui-même et de trois ou quatre cardinaux jouant à la belote au Vatican.

Néanmoins, et pour tout-de-même relever un élément positif dans l'oeuvre - une oeuvre ne peut pas être foncièrement mauvaise, il y a du bon jusque chez Michaux (d'ailleurs, je devrais en parler sous peu) -, même si l'écriture de Claudel est foncièrement complexe, symbolique, étrange, curieuse et difficilement décryptable (dans tous les sens du terme ; l'éditeur lui-même ayant eu du mal avec la calligraphie de Claudel, que l'on devine facilement très moucho-phile (ou muscaphile ?), il a remplacé pas mal de mots indéchiffrables par de très discrets "..."), on y trouve de très belles choses, après analyse et méditation intense. Par exemple, ce vers : "Ainsi le travailleur d'or sous la lampe, tu arrives avec le souffle de minuit qui amène un papillon blanc", que l'auteur explique lui-même en la paraphrasant dans une lettre à un lecteur "La paraphrase serait / Tu arrives ! et c'est comme quand un homme qui écrit, tout doré par la lumière de la lampe, à minuit, dans le demi-rêve de son travail et de l'heure, voit un papillon blanc qu'un souffle mystérieusement pousse par la fenêtre. / Au lieu d'enchaîner les idées, je me suis borné à les juxtaposer suivant le procédé Pindarique et dans l'ordre où elles se présentaient. Mon vers est comme un objet d'art formé de plusieurs couches de vers [sic] superposées dont le travail de l'artisan a fait presque disparaître l'une ou l'autre." Au passage, c'est à la lecture de cette note que j'ai réalisé que l'oeuvre était écrite en vers.

Merci Paul.

L'écriture a également cela de plaisant qu'elle joue parfois sur les mots (ce qui permet une brêve mais plaisante détente des neurones mobilisés pour sa compréhension), en plaçant habilement tel ou tel homophones, etc. On a aussi pas mal d'effets de répétitions qui renforcent le côté dramatique du texte (dans le sens actuel du terme). Mais je ne trouve personnellement pas que cela suffit à estomper l'herméticité style délire mystique de l'expression, ni la longueur exagérée de certaines conversations (Mais quand finira donc cette déclaration d'amour ?! Et d'abord, est-ce bien une déclaration d'amour ?).

Peut-être faut-il le voir au théâtre pour l'apprécier ?


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